
Le 17 Juin 2010, à 7 heures, je rentre à l'hôpital accompagnée de mon père et de chouchou. Je fais la fière, je vais me faire opérer tralalère, sauf que, quand on me dit qu'il n'y a plus de chambres individuelles et qu'on me met avec une dame, je ne pense même pas à lui dire bonjour et je craque, je pleure, quand l'infirmière vient me chercher pour ma douche à la bétadine, elle en profite pour prier mon entourage de partir, me voilà donc seule, livrée à moi même, je ne vous cache pas qu'une partie de moi se demande ce que je fous là.
Je me frotte gaiement à la bétadine en accordant une attention particulière à mon bidon, je me dis que mon estomac vit ses dernières heures, et peut être même moi.
Lorsque j'enfile la ravissante tenue que me donne l'infirmière pour mon départ à l'abattoir, je me rends compte que la chemise de nuit ne ferme pas, elle est trop petite, je ne peux même pas mettre mes bras dedans. J'appelle l'infirmière, qui me répond que c'est la plus grande taille. J'hallucine, dans un département qui fait de la chirurgie de l'obésité, ils n'ont pas de chemise de nuit à ma taille? C'est donc fesses à l'air que je virevolte vers ma chambre. On me pose un drap dessus, et on me donne un antidépresseur pour me détendre, je plane complètement, j'ai envie de dormir mais, dans mon inexplicable panique, j'ai peur que l'anesthésiste ne m'endorme pas si je m'endors de moi même. Alors je lutte.
9h30, deux bonshommes viennent me chercher. Je fais comme dans "urgences", je regarde les néons défiler au dessus de moi. Je suis garée dans un couloir, un patient sort du bloc, il a pas l'air en forme. Qu'est ce que je fous là au fait moi?
Là il y a une infirmière qui vient et se présente, elle est gentille, et elle rigole à mes blagues (ceci explique cela.) elle rigole surtout quand je lui demande si il n'y a vraiment aucun risque que je me réveille pendant l'intervention, je lui dis que j'ai vu ça dans "nip tuck". 5 mn plus tard un jeune homme s'approche et me dit "c'est vous la petite dame qui a peur de vous réveiller pendant l'intervention?" ok, ma réputation est faite. Je respire un grand coup alors qu'on m'amène dans la salle d'opération. Tout le monde se présente, tout le monde est gentil, tout le monde fait des blagues. Mais mince, pourquoi les gens font ils toujours des blagues au moment où j'ai pas la capacité de rire??? On me demande si je veux une couverture chaude, je dis oui, l'anesthésiste me fait un câlin dans les cheveux, l'infirmière me tient ma main et me caresse le bras, j'entends qu'on me dit "vous allez sentir votre tête tourner, vous me direz quand ce sera le cas", puis, plus rien.
J'ouvre les yeux dans une pièce qui me semble très lumineuse, j'ai mal au crane, et surtout... J'ai un tube dans la bouche, et un autre dans le nez, comment je respire moi, avec la narine qui me reste? Je m'étouffe, les infirmières accourent et me disent de respirer, je n'y arrive pas, on me retire le tube de la bouche et je vomis. Je dis à l'infirmière "je veux retourner dans ma chambre" et je l'entends me répondre "pas tout de suite, madame", je regarde l'heure, il est 11h30, je suis en vie, je me rendors.
Je sens qu'on bouge mon petit lit, j'ouvre les yeux, je regarde l'heure: 13h, on me dit "vous allez rentrer dans votre chambre!" youpi !!!! Je rentre et je vois la dame qui partage ma chambre un peu dépitée en me voyant, mais elle rigole quand je lui dis "coucou c'est moiiii !" ça a surement du la changer de l'austérité dont j'avais fait preuve le matin!!
Je dors, je dors, j'ai soif, je dors. Je demande à une infirmière de l'eau, on me dit que je n'aurai pas le droit de boire avant demain, et on me précise que ma mère a appelé, c'est gentil ça, je demande si par hasard on pourrait lui demander de me ramener de l'eau clandestinement, ça les fait rire, re-youpi. Ça me parait très très loin demain, mais vu que je dors tout le temps... J'ouvre les yeux et je trouve mon chouchou et mon père au bord du lit. Ils ont l'air un peu sous le choc. Quoi, ils s'attendaient à me trouver debout à côté de mon lit avec ma valise à la main ou quoi?
J'apprendrai plus tard que j'avais une trace de bleu de méthylène sur la joue, et qu'ils ont cru que c'était une veine...
Ma mère arrive, je l'entrevois légèrement, elle a l'air contente, je me rendors.
Le lendemain, on m'annonce que je vais avoir le TGOD à 10h, c'est en fait une radio pour vérifier que tout va bien et qu'il n'y a pas de fuite au niveau de la cicatrice.
On m'annonce aussi que j'aurais les résultats en fin d'après midi et que si tout va bien, on m'enlèvera ma sonde du nez et je pourrai boire.
La fin d'après midi... C'est loin...
Je passe ma matinée à trouver des subterfuges pour ne plus avoir soif, je me brosse les dents et je garde longtemps de l'eau dans ma bouche, mais rien n'y fait, j'ai soif. Je m'étonne de n'avoir ni faim, ni envie de fumer. Je ne trouve rien à faire alors je dors. Les brancardiers viennent me chercher pour le TGOD à 10h30.
J'arrive sur place, je suis contente mais je déchante vite, on me dit que le produit que je vais devoir boire pour la radio est dégoutant et a des vertus particulièrement vomitives. J'ai peur de vomir et d'ouvrir la cicatrice. J'arrive dans la salle de radio, la dame pas sympa (j'ai pas fait de blagues cette fois!) je précise que je n'ai toujours qu'un drap sur moi car à cause des perfs je ne peux pas m'habiller. J'ai froid. Je bois son produit, effectivement dégoutant. Je ne me sens pas bien. On m'annonce que les radios sont bonnes. Je me sens fiévreuse, je découvrirai plus tard que cette sensation apparaitra à chaque fois que j'ingurgiterai quelque chose juste après un effort physique. Là, l'effort physique consistait à me lever du lit.
Je remonte sur le lit, on me pose un gant d'eau froide sur le front, puis les brancardiers me retrimbalent jusqu'à ma chambre, je lutte contre mon estomac pour ne pas rendre, ça sera également une expérience que je réitèrerai plusieurs fois après mon opération. Finalement je m'en tire vainqueur. Je dors, il est 12h.
14h on tape à la porte, une collègue puis des amis arrivent pour me voir. Il y a du monde! Je suis contente, j'arrive à parler mais la sonde dans le nez me gène de plus en plus, en plus je parle comme daffy duck. "bonne nouvelle!" annonce mon infirmière préférée sur les coups de 17h, "on vous enlève la sonde et vous pouvez boire! Et en bonus, on vous enlève une perf!" cette dernière nouvelle finira d'achever mon périple, à partir de ce moment, je dispose de mon nouveau corps confortablement, sans gène, et j'apprivoise ma nouvelle capacité à boire. En une soirée je ne bois qu'un verre d'eau qui me suffit amplement. Mon frère passe me voir, il se moque de ma démarche (car je marche) et de mon cramponage à ma perf de glucose. C'est de famille, l'humour!
Le lendemain 10h, après le passage du chirurgien pour vérifier que tout est ok, on me donne la permission de rentrer me faire chouchouter par mon entourage.